Le rêve d'immigrer d'un belge devenu réalité ! Quand rien ne se passe comme prévu et comme voulu... mais encore mieux !

par Le Belge
dans Blogue
Affichages : 252

Fagnard (Ardennais) plein les gènes, voici un belge qui a rêvé grand et longtemps... « Mieux vaut tard que jamais » me direz-vous. Et bien vous avez raison ! 

Je vous raconte ici mon histoire... Quand rien ne se passe comme prévu et comme voulu, mais quand tout arrive à point et encore mieux

Tout est parti en C@#&@###@ il y a 35 ans...

Je viens de Francorchamps, à quelques pas du Circuit de Spa-Francorchamps. Lors de mes études secondaires, à Waremme, nous avions fait un échange avec une école de Washington DC. Ma famille d’accueil est devenue par la suite une véritable famille et depuis, mes vacances ont pratiquement toujours rimé avec USA. Je connais d’ailleurs mieux Washington que Bruxelles. À partir de là, (1986) j’ai toujours rêvé de partir aux États-Unis ; je n’avais jamais pensé au Québec. Puis, en 2007,  j’ai eu la chance de travailler pour une entreprise Liégeoise internationale pour laquelle j’ai beaucoup voyagé (aux USA, en Asie et en passant par Montréal) et je me suis rendu compte que finalement je n’avais pas de destination particulière ; je voulais juste partir…

Puis il y a 7 ans, un peu par hasard, sur le conseil d’une amie déjà à Montréal, je suis allé à un salon de l’emploi international à Bruxelles. Je suis arrivé en retard, juste au moment du speech de la représentante de Québec international qui disait : « (…) et surtout si comme moi vous avez plus de 40 ans, ne vous dites pas qu’il est trop tard, au contraire (...) ». Et là tout s’est précipité : un entretien d’embauche en décembre 2012 à Paris avec une entreprise de Québec (il a neigé ce jour-là comme jamais, cela devait être un signe...), une offre d’embauche, une longue attente pour les papiers pour le permis de travail, et enfin un départ le 28 septembre 2013 laissant derrière moi mon fils de 20 ans… 

Quand j'y repense, c'est quand même étrange : 35 ans sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, 35 ans à se faire dire « mais pourquoi veux-tu partir ?, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, on est bien ici », 35 ans à essayer par tous les moyens, 35 ans à mettre sa vie entre parenthèse tant le désir est là, 35 ans avec le même refrain en tête : « L'Amérique, l'Amérique, je veux l'avoir et je l'aurai, L'Amérique, l'Amérique, si c'est un rêve, je le saurai » (Air connu).

Un deuxième couplet...

Puis arrive le moment tant attendu, où on peut enfin passer au deuxième couplet : « Mes amis, je dois m'en aller, je n'ai plus qu'à jeter mes clés, car elle m'attend depuis que je suis né, l'Amérique. J'abandonne sur mon chemin tant de choses que j'aimais bien. Cela commence par un peu de chagrin, l'Amérique (...) » (Air connu) et là on réalise, on se questionne... « Partir ? une minute, quoi partir ? moi ? là maintenant ? ».

C'est donc le samedi 28 septembre 2013, avec un permis de travail temporaire en poche (lié à un lieu et une entreprise pour une durée de trois ans), et après avoir tout vendu (enfin... disons plutôt bradé ou donné) et laissant derrière moi ce que j'avais de plus cher au monde pour assouvir ce besoin inexpliqué de partir là-bas. Je suis donc arrivé à Québec avec mes deux valises de 23 Kg,  dans un petit appartement de la rue Sainte-Angèle, dans ce quartier du Vieux-Québec, où les rues ont l'air d'avoir l'accent... Je me souviens de la phrase de Vincent qui se reconnaîtra : « tu pars avec un sentiment de légèreté et de liberté : ta vie tient dans une valise de 23 kg ! Puis, tu arrives de l'autre côté avec un sentiment bizarre ou finalement il ne te reste désormais plus que 23 kg... ».

Oui, « (...) là-bas, où tout est neuf, tout est sauvage ... c'est pour ça que j'irai là-bas.... Il faut du cœur, faut du courage (...) » (Air connu). Oui, il m'en a fallu du courage, surtout que quelques mois plus tard... le refrain dans la tête a changé « (...) Mais l'hiver vient d'éclater, Le Saint-Laurent est prisonnier, D'un décembre qui va bien durer six mois, Quand les jours ressemblent aux nuits, Sans éclaircie à espérer Qui peut croire que l'été nous reviendraaaaaaaaa (...) » (Air connu).

Je me rappelle, et aussi ironique que cela pouisse paraître, une fois atteri et aussi prèsdu but je ne voulais pas rester... j’aurais tout fait pour qu’on ne m’accepte pas à l’aéroport, il me manquait un formulaire et la douanière m’a dit : « (...) il vous manque un papier je ne vais pas pouvoir vous laisser passer, il va falloir retourner en Belgique ce soir mais je vais voir avec ma supérieure (...) ». Quelques longues minutes plus tard, elle revenait en disant : « (...) on voit bien que vous êtes de bonne foi, on va vous arranger cela (...) ».

Puis le chauffeur de Taxi, qui m'emmenait à mon hôtel dans le Vieux-Québec, et à qui je faisais remarquer qu’il faisait beau pour la saison (ne connaissant visiblement l’été indien que dans la chanson de Joe Dassin...) me répondit que l’hiver il fallait être bien équipé parce que des gens mourraient de froid ! J’étais prévenu...  

Depuis ce weekend de septembre ensoleillé, que de chemin parcouru. Pour reprendre une formule connue : « choisir c'est renoncer », et je ne pourrais pas dire le contraire. Oui, il y a beaucoup de personnes et de choses qui me manquent, mais le bilan reste largement positif. Que de belles choses et de belles rencontres. Non, je ne regrette absolument rien... Et surtout pas cette rencontre décisive et si improbable : la rencontre de ma douce et belle québécoise, La Belle !, MA Belle...

Certaines choses manquent...

Oui, j’essaie de rentrer en Belgique un an sur deux pour la Groumotte (le carnaval à Francorchamps).  Il y a deux ans nous sommes rentrés avec La Belle pour l’occasion et nous l'avons déguisée en Miss Québec et je lui ai fait vivre le Carnaval de Malmédy dont la salade russe...(qui, avouons-le, a plus l’air de quelque chose qui vient de sortir que quelque chose qui est destiné à être ingéré...). Choc culturel, mais elle a vraiment apprécié tout en admettant que ce serait inconcevable de voir les boulanger soupeser les « miches » des filles dans un cortège au Carnaval de Québec. La Belle a aussi été très impressionnée par l'efficacité de la salade Russe au « lendemain de veille... ».

Mais il reste que certaines choses manquent... Comme la famille et les amis, mais aussi la bonne bouffe, la bière, les chicons, les frites, les moules à taille humaine, la cuisine « pas light » avec du gras et du sucre, la tarte au riz, le lait entier, la variété dans les légumes à l’épicerie, les maisons de pierres, le vin pas cher et les bouteilles avec un bouchon de Liège (pas à visser), l’histoire, le Carnaval (la groumotte à Francorchamps où je fais partie d’un groupe dans lequel je suis le seul homme).  En fait, c’est marrant de constater comme beaucoup de petites choses sont devenues importantes alors que je n’y portais pas d’attention avant. Quand je dis par exemple à mon fils que je cherche du blanc de bœuf pour faire des frites (mission pratiquement impossible ici sous peine de se faire « crucifier » sur la place publique...) et qu'il me rappelle que je faisais des frites surgelées en Belgique ! Et croyez-le ou non, le journal de la RTBF que je regarde assidûment sur TV5 chaque jour et que ma belle québécoise prend goût à regarder aussi ! (oui les journaux ici sont pour la plupart des journaux d’opinion avec des commentateurs politiques, c’est un peu différent).  

Mon premier hiver : comme les soirées froides et enneigées étaient longues. Je me suis alors lancé un défi qui allait changer ma vie pour toujours : Pourquoi ne pas essayer la danse sociale (de salon) ?  La Belle et moi nous sommes donc rencontrés à l’école de danse, le 25 août 2014, et on ne s’est jamais plus lâchés… autant sur les planches que dans la vie...

Je suis bien intégré !

J’ai obtenu ma citoyenneté canadienne le 17 avril 2019. Après avoir prêté serment de citoyenneté, me voilà devenu Belgo-canadien ! Sentiment mêlé entre blues, nostalgie, fierté et satisfaction de but atteint. Je l'avoue, on a tout de même un avantage en étant belge quand on immigre au Québec. C’est un peu comme en Corse ; on n’a pas de contentieux avec les Québécois, et on est sans doute plus proche des coutumes dans la mesure où les premiers colons venaient plus du Nord de la France. Mais il reste quelques différences pour certaines choses importantes au début puis qui se sont atténuées avec le temps, comme :

- LA LANGUE QUÉBÉCOISE : Certainement la différence qu’on remarque en premier. Il y a l’accent qui comme chez nous peut changer du tout au tout d’une contrée à l’autre.  Par exemple, les habitants du Lac Saint-Jean ne prononce pas le « J ». Mais on s’y fait vite et on s’approprie les expressions. Leurs sacres (injures) sont doux par rapports aux nôtres et tous basés sur la religion, et peuvent être utilisés comme substantif, adjectif, verbe ou adverbe : « j’m’en câlice » (je m’en fiche) ; « ça fait crissement mal ! » (cela fait terriblement mal) ; « maudit niaiseux » (espèce d’imbécile) ; « ostie qu’y fait chaud ! » (Dieu qu’il fait chaud).  Le Québécois vous fera souvent remarquer que vous employez beaucoup d’anglicisme (sous-entendu beaucoup plus que lui...) et il a un peu raison, car c’est vrai que nous en utilisons beaucoup et on ne prend même pas la peine de les traduire. Ici, par contre, tout est traduit et l’usage du français, surtout au gouvernement où c'est obligatoire (la loi 101 y veille). Ce qui n’est pas sans causer de franches parties de rigolades comme par exemple lorsqu’ils traduisent un certain type d’attaque informatique qu’on appelle « attaque de smurfing » par « attaque de schtroumpfage… » (oui comme les schtroumpfs) ou « une fuite de données », « un coulage de données », ou encore « un archivage », « une mise en voûte ».  Mais mon préféré reste « la salle de montre » (pour salle d’exposition chez un concessionnaire de voitures, traduction littérale de Showroom). Imprégnez-vous avec Solange ICI.

- LE SENTIMENT DE SÉCURITÉ : Ce n’est pas drôle d’en parler mais pourtant c’est important. Ici ce n’est pas grave d’oublier son cellulaire dans la voiture, d’ailleurs les premières fois on retourne à la voiture en courant et les personnes qui vous voient courir vous demandent si tout va bien... Inversement, lorsqu'on est retourné en Belgique pour un mariage, Ma Belle a bien rit en me voyant acourir à la voiture car j'y avais oublié mon GSM... pendant que moi j'étais en panique de me faire casser une vitre et me faire voler mon téléphone. On ne verrait jamais ça à Québec ! D'ailleurs, beaucoup ne verrouillent même pas leurs portes de voiture et de leur maison, et laissent les fenêtres ouvertes avec leurs effets personnels bien à la vue de tous ! (selon les régions bien entendu...).

- LE CARNAVAL : Le carnaval ici à Québec se déroule aux alentours du 14 février et est une fête populaire avec des sculptures de glaces, des bains de neige, un hôtel de glace (où l’on peut loger), la traversée du fleuve Saint-Laurent en canot sur la glace, une parade, et bien d’autres activités. C’est un peu pour faire oublier la longueur de l’hiver. C’est super amusant ! Et sur les plaines d'abraham, sur les hauteurs de Québec, il y a des activités pour les enfants, des descentes en luges, etc.

- LE CLIMAT : La Belle et moi avons élu domicile 45 minutes au nord de la ville de Québec, dans la montagne (les collines pour nous, ±450m d’altitude) là où l’hiver va d’octobre à fin mai, souvent même juin. Cela peut paraître long, mais il y a tant d’activités à faire que cela passe assez vite. Nous vivons à 20 min. d’un centre de ski. En ce qui concerne la température, à -20 il fait froid, en dessous de -20 il fait juste encore plus froid ! Il est courant d’avoir, durant quelques jours ou semaines, entre -30 et -35 au thermomètre (sans compter le facteur vent). Quand on sait qu’on peut avoir +35 degrés l’été, cela fait une belle amplitude thermique. Et on a en moyenne entre 2 et 3 mètres de neige, là-haut sur la montagne.

LES MOUSTIQUES : Ceux-ci portent des noms dignes d’un film d’horreur : les frappe-à-bord, les maringouins, les mouches noires, les brûlots et les moustiques. La période à éviter reste le mois de juin…. C'est un pays d'homme ! Il faut être fait fort pour vivre ici... Nous nous sommes amusés à faire une vidéo humoristique à ce sujet, La Belle et moi, « Des moustiques ? Bah non ! » : Regardez ça en cliquant ICI

- LA FAUNE : Ici on ne croise pas un hérisson mais un porc-épic, les sangliers ne sont pas présents dans nos bois, mais les ours, les cougars, les chevreuils, les orignaux (élans) oui. Là où on habite c'est un véritables zoo, sans clôtures. Il y a, comme partout sur la côte Est, beaucoup d’écureuils, dont les petits suisse : la première fois que la Belle m’a dit « oh ! regarde un petit suisse qui passe » je croyais qu’on avait un petit suisse périmé qui sortait du Frigo...

Ça frappe à la porte ! Oh ! Un autre projet...  

Je me suis marié au Québec le 25 août 2018 avec ma belle québécoise. Notre mariage au Québec était typiquement québécois dans une cabane à sucre en bois rond dans les bois (question de dépayser un peu ces belges qui ont fait le déplacement…). Et parce qu’on s’était pas mal amusés, et qu’on voulait renouveler l’expérience, on s'est marié une deuxième fois en Belgique le 24 août 2019. La Belle adore la Belgique, les belles maisons en pierres, les jolies chapelles du moyen-âge, les charmants petits villages qui ont de l’histoire, les châteaux, la tarte au riz au lait cru, la campagne wallonne et ses vaches, Brugges, la mer du Nord, les bières fruitées (les petites bières de filles comme ils disent ici…) et le chocolat Galler. Et sans oublier la Minute Belge avec qui elle s'attelle à la tâche de parfaire son accent belge... et GuiHome pour apprendre à rire l'humour belge... question de rire aux mêmes moments quand on regarde un film ensemble...

En plus de cette passion commune pour la danse ballroom, nous partageons également cet intérêt pour la nature. La petite maison que nous habitons là-haut sur la montagne, notre cabane au Canada, est située sur un terrain juste assez grand pour donner vie à tous nos projets dont celui de chambres d’hôtes sous le thème « Une nuit chez l'habitant » principalement avec des Européens de passage (en pause en temps de Covid). C’est en général La Belle qui va les chercher à l’arrivée de leur autocar et ils ne s’attendent évidemment pas à mon accent lorsqu'ils arrivent à la maison (oui, il paraît que c’est moi qui ai un accent...). Nous adorons cette formule parce qu’elle favorise vraiment les échanges. Nos hôtes apprécient particulièrement avoir les 2 sons de cloche : belge et québécois sous un même toit. Notre petite maison ouverte sur le monde devient grande de tous ces gens vrais de partout à travers le monde qu’elle rassemble autour d’une bonne table, et de ces amitiés qui se tissent en toute convivialité, dans le plaisir et la simplicité !

On est chez nous partout !

Lorsqu’on débute un projet d’immigration, c’est le premier pas qui coûte, après, le deuxième est plus facile de toute façon – on est plus chez nous nulle part – on est chez nous partout. La Belle a toujours eu aussi le désir de partir ailleurs. Disons qu’elle a rencontré son homme… je suis simplement venu la chercher et je me suis un peu attardé. Notre future destination ? L’Italie… Quand ? dès qu’on sera prêt et que la vie nous y emmènera, ou pas..., car notre maxime est : « Faire confiance à la vie ! Tout se passe exactement comme prévu... ». Un pays qu’on aime beaucoup et où j’ai fait ma demande en mariage, sur le bord du Lac de Garde. Nous sommes citoyens du monde quoi ! Mais aussi longtemps que l’expérience restera positive, on restera ici, sur notre montagne, dans notre cabane au Canada ! On nous posait souvent la question les premiers temps, mais nous ne voulions pas nous mettre de pression ni de limites. 

Alors à tous ceux qui se posent la question, à tous ceux qui doutent, je dirais qu'il n'est jamais trop tard, que l'âge n'est pas une excuse, que cela en vaut la peine (au sens propre comme au sens figuré), et que cela en vaut aussi la joie ou plutôt LES joieS ! Si vous avez un rêve, ne laissez personne vous en dissuader, prenez-vous en main et restez « focus ». Pour citer Confucius (c'est à la mode...), qui disait « Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir », alors profitez de la vie, les choses arrivent toujours au moment opportun, quoi que vous fassiez, mais il disait aussi (oui, je sais là je suis vraiment top : deux citations dans la même phrase...) : « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une ».

Un refrain dans la peau...

En regardant le chemin parcouru, je ne peux m'empêcher de réaliser que ma vie n'est qu'une succession de mélodies, de refrains et de couplets... Ma vie chante donc sans arrêt et cela amuse bien Ma Belle... Mais mon refrain préféré et que je me plaît à fredonner en boucle dans ma tête est sans nul doute celui-là :

« Au milieu de ma vie, j'ai encore appris.

C'que j'ai appris, ça tient en trois, quatre mots :

Le jour où quelqu'un vous aime, il fait très beau,

J'peux pas mieux dire, il fait très beau ! »